Entre l'annonce du départ de Thierry Marx sur Paris, la baisse de la consommation mondiale de vin et le marché des primeurs sauvés par les chinois... franchement, il y avait de quoi rester chez soi cette semaine...
Heureusement, quelques jolis flacons embellis ces derniers jours :
Château Beauséjour Bécot 2004 St Emilion Grand cru : un
ensemble profond et juste, un tantinet flatteur, parfaitement équilibré. Même si le vin se tiendra parfaitement les 5-6 prochaines années, on peut dors et déjà se faire plaisir... il faudra tout
de même compter une bonne cinquantaine d'euros pour ce joli flacon...
Domaine Bernard Baudry - Les Grézeaux 2007 Chinon rouge : du plaisir, simple, efficace, une cuvée tout en fraicheur chez Baudry, plus connu pour sa Croix Boissée, qui me ravit autant à l'apéritif que lors du repas... sans modération...
Domaine Gérard Courbis 2007 St Joseph rouge : mon coup de coeur du moment, moins concentré que l'on pourrait s'y attendre pour le millésime, d'une justesse rare, le vinificateur a su garder toute la fraicheur et le fruit du millésime. Remarquable. Mais difficile à trouver.
Clos des Terrasses - Cuvée le Clos 2005 Côtes de Bergerac rouge : le changement de propriétaire au domaine n'a pas semblé perturber la passion et le talent du maître de chai, Nicolas (dont je ne me souviens plus du nom de famille), cette cuvée est aujourd'hui rarrissime, malheur à ceux qui la recherche, bonheur à ceux qui la possède... Intense, un fruit puissant encore bien présent, une tannicité parfaitement maîtrisée, du grand art pour le bergeracois. Prochaine mise pour cette cuvée : le millésime 2008. A ne pas rater.
A noter, la nouvelle plateforme de blogs de la Dordogne Libre, à laquelle nous allons participer, je vous donnerais de plus amples détails dans nos prochains posts.
Week end animé...
Tout d'abord, la dégustation Anthocyanes à Vignonet (tout proche de St Emilion). Merci encore à Philippe Cohen pour son accueil au Château Vieux Taillefer. Pour la deuxième année, c'est vraiment un petit paradis ce lieu magique au bord de la Dordogne...
A retenir : les Reflet 2008 et 2007 de François Villard en St Joseph, époustouflant de justesse et d'équilibre, ainsi que son vin de pays blanc
(les contours de Deponcins) très plaisant de fruit et de fraicheur. Evidemment la présence d'Egon Muller et d'Anselme Selosse nous a permis de toucher le presque-que-parfait avec
notamment le VO de Selosse sans oublier son remarquable rosé. Le Domaine Ricard, enfin, avec la cuvée Les Trois chène en blanc et le Vilain petit vin rouge.
Emmanuelle Mellot et François Villard, en grande forme...
Ensuite dégustation à Port ste Foy, à la maison du fleuve de la plupart des propriétés de l'appellation Montravel. Des vins en général, bien fait, mais l'ensemble des vins blancs m'a tout de même donné l'impression de déguster toujours le même vin... du sauvignon, pauvre aromatiquement, sur sol calcaire. Point. En ce qui concerne les vins rouges, je retiendrais les domaines suivants : Moulin Caresse (cuvée Cent pour 100 millésime 2005), Cht Laulerie (son entrée de gamme très bien réalisée, la meilleur de la dégustation), Cht du Bloy (un rosé intéressant et un Montravel rouge 2004 plein de fraicheur), Clos Julien (pour la profondeur des vins rouges) et La Font du Parc (parce que c'est là que j'ai fait mes premières vendanges, il y a plus de vingt ans...).
Enfin, promenade à St Emilion, pour le grand Show des primeurs dans lesquels je ne me suis pas trop attardé... en visitant un 1erGCC, j'ai dégusté une trentaine de vin qui étaient absolument identiques... amusant...
Pour l'anecdote, et pour ceux qui n'ont jamais fait une dégustation de vins primeur à Bordeaux, une charmante argentine me pose quelques questions sur un des vins que nous dégustions en même temps, quelques mots échangés, un regard complice puis un sourire... c'est là que tout le charme se fracasse comme un oeuf qui s'éclate par terre : la dentition bleu-noir c'est franchement pas glamour... ; )
Vue des vignes de Beausejour Bécot, le chai est juste à droite...
Et cette bonne première impression est
agrémentée par un vrai et beau sourire de la part de l'employée du matin. Celle qui arrive le plus tôt, pour les premiers cafés, au comptoir, où le journal s'échange de mains en mains. J'ai même
droit à un "Bonjour !" enjoué. Je m'installe tranquillement dans un coin pour ma lecture vacancière. "Un café, monsieur ?" non, malheureusement, non. Vendu très cher, souvent extrèmement
médiocre, le petit noir est aboli de mes consommations bistrotiques. J'ai abandonné cet excellent breuvage à cause de ces maudits patrons de comptoirs, lieu de mixité social si cher à mes yeux,
qui nous vendent largement au delà du simple euro un jus de chausette acrimonieux. Certains veulent excuser le tarif par une petite friandise sur-emballée, d'autre servent un mini-verre d'eau
histoire de dire que quand même "ya-du-service-dans-cette-maison", bref un kilo de café acheté aux enchères des torréfacteurs sans aucune tracasserie qualitative. Pas de café, donc.
Fin 97, je découvre une revue dont je ne soupçonnais
même pas l'existence. La couverture évoquait uniquement une de mes passions naissantes. Malheureusement, un peu cher pour moi à l'époque, je ne pouvais l’acheter régulièrement et elle ne faisait
pas partie des revues disponibles dans ma bibliothèque universitaire (la plus splendide que je n’ai jamais vu, place de la victoire à Bordeaux, identique à celle que l’on voit dans des films
anglais ou américains). Au premier abord, le contenu restait bien complexe. Dégustation, terroir, millésime, appellations, maître de chai, effervescence et ... sommelier. Un vocabulaire bien
spécifique, à milles lieux de celui que je commençais à intégrer en sociologie.
Cette revue m'a ouvert de nombreuses portes et je succulais les commentaires sur tel ou tel vignoble, les dégustations de telles ou telles cuvées. On conservait alors précieusement les
exemplaires, s'y replongeant un mois, six mois ou un an plus tard comme dans une bonne BD.
Après un grignotage fruits de mer ce midi, accompagnée d’une cuvée des Enchanteleurs d'Henriot (cuvée soignée, nez vif, bouche sur le beurre frais mais composée de touches acidulées sur la pomme
verte, légèrement oxydatives), mon hôte du jour me fait passer le dernier numéro de cette fameuse revue. Ce qui m'était si cher il y a une douzaine d'année, on se le passe, on ne le range même
plus soigneusement, n'ayant plus autant de valeur à nos yeux. Et je ne dirais même pas dans quelle pièce de la maison il est allé la chercher. Comme dans un médiocre journal local, l'information
y est pauvre, ne restant que quelques rubriques de qualités signées par de bonnes plumes. Comme un vieux disque que l'on réécoute avec déception, est-ce le temps, l'apprentissage, l'expérience
qui fait l'appauvrissement de mon intérêt envers ce moyen de communication ?
Je me souviens qu'après une analyse du vignoble bergeracois, j'avais écrit une lettre au rédac chef de la revue. Je reprochais à cet article le simple effleurement de la question. Comment
pouvait-on décrire géologiquement un terroir grand comme deux fois l'Alsace en trois pages ? Evidemment touché dans mon âme périgourdine, les terroirs de Saussignac, Montravel, Pécharmant ou
autre Monbazillac méritaient chacun d'entre eux ces trois pages. Mais bon, je n'ai jamais envoyé ce courier.
Mais que peut-on reprocher à cette revue ?
De parler essentiellement des vignobles qui intéressent le plus grand nombre ? De ne pas plonger dans des descriptions techniques et ennuyeuses ? De lambiner autour des histoires de familles
propriétaires des vignes les plus prisées ? De bien connaître les sujets marronniers avec le numéro sur les foires aux vins en septembre ou la énième dégustation de belles cuvées en
Champagne en décembre ? Lui reprocher de vivre de la publicité des produits qu’elle déguste, juge et critique ?
Cette revue est tout simplement pour moi le reflet de n'importe quel support de communication de masse. Elle répond à des normes et à des règles tout à fait communes aujourd'hui. La bonne
information ou la bonne source d'information, reste rare; il faut dénicher, recouper telle ou telle source et c’est le plus enrichissant.
Je me mets à fantasmer à l'orée du sommeil à une publication papier à laquelle je consacrerai une place dans ma bibliothèque avec analyses, comptes-rendus, billets d'humeurs, réflexions,
discussions, débats, critiques, techniques, savoir faire, opinions et idées. Un truc bien barbant pour celui qui ne boit que de l’eau. Une revue réalisée par des fous, totalement désintéressés.
S’il y a deux ou trois tarés qui sont motivés… pourquoi pas ?
Petite promo régionale : un livre vient de paraitre "A
table chez les Périgordins" chez Glénat de Michel Teyssier.