L'angoisse de la dernière bouteille et le despotisme.

Publié le par Damien

Celui ou celle qui a la chance de gérer sa propre cave ou la cave d'un restaurant comprendra cette étrange sensation de servir la dernière bouteille...

Le casier était encore bien rempli il y a quelques mois. D'abord un peu réticentes, mes papilles connaissaient très bien ce vin, mais le millésime en question poussait à l'interrogation. Encore bon ? Puis un client pointe le doigt sur la ligne de la carte des vins. Que faire ? Lui déconseiller pour une raison quelconque pour la simple et bonne raison que vous n'avez jamais dégusté ce millésime qui vous semble douteux ? On préfère alors profiter de l'aubaine pour ouvrir le mystérieux flacon et enfin savoir. Est-ce que le vin a tenu le coup ? Un proche du vigneron en question m'avait mis sur mes gardes, vis à vis d'une prise de risque lors de la vinification sur ce millésime. Tant pis. J'ouvre. On verra bien...

Le verre se présente au nez, les yeux se ferment, un mélange d'angoisse et d'impatience... Le nez est superbe. Rassuré, la première gorgée coule le long de la langue et on ne peut empêcher un sourire naissant... Le vin présenté, proposé et servi, on descend à la cave faire l'inventaire. Neuf bouteilles. En parfait état. Pas de coulure. Nikel.

En plus j'ai deux millésimes plus récents sur la même cuvée à proposer. De quoi voir venir. Mais le client a un don. Il ressent ce que le sommelier souhaite garder pour lui ou du moins faire déguster à qui il veut. Et les ventes s'accélerent. La semaine dernière, j'avais vu qu'il en restait peu, mais voilà, ce qui devait arriver, arriva. La vente de trop. On descend à la cave en plein service, on se remémore le numéro de casier, et on s'aperçoit qu'il n'y a plus qu'un seul col. On ne peut plus remonter pour vendre un autre millésime ou un autre cru, c'est trop tard. On enrage parce qu'on aurait du s'en apercevoir avant, on aurait du dire au client "je vous conseille plus ce millésime étant donné que..." et sauver la dernière bouteille. Mais là c'est trop tard.

Est-ce que le client va être digne de cette dernière dégustation? Va-t-il l'apprécier ? Pas de chance, il l'adore. Un vin dans sa plénitude, qui donne l'impression d'être indestructible. De la race, du gibier, sanguin, profond. Avec cette petite pointe acidulée bien spécifique à ce cru. Un pur bonheur.

Je n'aurais sans doute jamais la chance de déguster à nouveau la cuvée Haitza 2000 du Domaine Arretxea en Irouleguy. Et c'est bien dommage.

Pour conclure, petit message privé à qui veut bien le comprendre :
Le despotisme est une forme de gouvernement où l'autorité est confiée à un individu qui règne avec un pouvoir politique absolu, et de manière abusive au regard des lois. Dans sa forme classique, un despotisme est un état où un homme unique, appelé un despote, retient tout le pouvoir, et toute autre personne est considérée comme son esclave





Publié dans Etats d'âmes

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vente vin 02/07/2009 15:09

Quand j'ouvre ma dernière bouteille, mon sentiment balance entre la nostalgie, l'impatience et la tristesse...

sandra 31/05/2009 09:00

Que c'est bien écrit! Merci!Si jamais j'en trouvais un "par hasard", ce qui m'étonnerait tout de même, je te le garde! Promis! ;-)