Revue de presse...

Publié le par Damien

images-copie-1.jpgFin 97, je découvre une revue dont je ne soupçonnais même pas l'existence. La couverture évoquait uniquement une de mes passions naissantes. Malheureusement, un peu cher pour moi à l'époque, je ne pouvais l’acheter régulièrement et elle ne faisait pas partie des revues disponibles dans ma bibliothèque universitaire (la plus splendide que je n’ai jamais vu, place de la victoire à Bordeaux, identique à celle que l’on voit dans des films anglais ou américains). Au premier abord, le contenu restait bien complexe. Dégustation, terroir, millésime, appellations, maître de chai, effervescence et ... sommelier. Un vocabulaire bien spécifique, à milles lieux de celui que je commençais à intégrer en sociologie.
Cette revue m'a ouvert de nombreuses portes et je succulais les commentaires sur tel ou tel vignoble, les dégustations de telles ou telles cuvées. On conservait alors précieusement les exemplaires, s'y replongeant un mois, six mois ou un an plus tard comme dans une bonne BD.

Après un grignotage fruits de mer ce midi, accompagnée d’une cuvée des Enchanteleurs d'Henriot (cuvée soignée, nez vif, bouche sur le beurre frais mais composée de touches acidulées sur la pomme verte, légèrement oxydatives), mon hôte du jour me fait passer le dernier numéro de cette fameuse revue. Ce qui m'était si cher il y a une douzaine d'année, on se le passe, on ne le range même plus soigneusement, n'ayant plus autant de valeur à nos yeux. Et je ne dirais même pas dans quelle pièce de la maison il est allé la chercher. Comme dans un médiocre journal local, l'information y est pauvre, ne restant que quelques rubriques de qualités signées par de bonnes plumes. Comme un vieux disque que l'on réécoute avec déception, est-ce le temps, l'apprentissage, l'expérience qui fait l'appauvrissement de mon intérêt envers ce moyen de communication ?

Je me souviens qu'après une analyse du vignoble bergeracois, j'avais écrit une lettre au rédac chef de la revue. Je reprochais à cet article le simple effleurement de la question. Comment pouvait-on décrire géologiquement un terroir grand comme deux fois l'Alsace en trois pages ? Evidemment touché dans mon âme périgourdine, les terroirs de Saussignac, Montravel, Pécharmant ou autre Monbazillac méritaient chacun d'entre eux ces trois pages. Mais bon, je n'ai jamais envoyé ce courier.

Mais que peut-on reprocher à cette revue ?

De parler essentiellement des vignobles qui intéressent le plus grand nombre ? De ne pas plonger dans des descriptions techniques et ennuyeuses ? De lambiner autour des histoires de familles propriétaires des vignes les plus prisées ? De bien connaître les sujets marronniers avec le numéro sur les foires aux vins en septembre ou la énième dégustation de belles cuvées en Champagne en décembre ? Lui reprocher de vivre de la publicité des produits qu’elle déguste, juge et critique ?

Cette revue est tout simplement pour moi le reflet de n'importe quel support de communication de masse. Elle répond à des normes et à des règles tout à fait communes aujourd'hui. La bonne information ou la bonne source d'information, reste rare; il faut dénicher, recouper telle ou telle source et c’est le plus enrichissant.

Je me mets à fantasmer à l'orée du sommeil à une publication papier à laquelle je consacrerai une place dans ma bibliothèque avec analyses, comptes-rendus, billets d'humeurs, réflexions, discussions, débats, critiques, techniques, savoir faire, opinions et idées. Un truc bien barbant pour celui qui ne boit que de l’eau. Une revue réalisée par des fous, totalement désintéressés. S’il y a deux ou trois tarés qui sont motivés… pourquoi pas ?

 

Publié dans Etats d'âmes

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