Si cher bistrot...

Publié le par Damien

La poignée de la porte du café grince, on se demande encore comment les carreaux de verre tiennent sur cette vieille porte en bois. Un sol fait de tous petits carreaux se découvre sous mes premiers pas. On croirait celui de la cuisine de ma grand mère. Des chaises devenues bancales sous le poids des arrières-trains. Des banquettes désuettes, rouges et moelleuses. Les journeaux du jour. Des tables usées par les petites cuillères... vous savez cette habitude bizarre de manipuler cette petite cuillère dans les stries du bois de la table... peut-être que le manque de nicotine nous oblige à ces gestes étranges et mécaniques. Les odeurs de torréfaction, d'anis, de ragout mijoté pour le plat du jour. Ca y est, je suis bien dans un vrai bistrot.

bar-retro.jpgEt cette bonne première impression est agrémentée par un vrai et beau sourire de la part de l'employée du matin. Celle qui arrive le plus tôt, pour les premiers cafés, au comptoir, où le journal s'échange de mains en mains. J'ai même droit à un "Bonjour !" enjoué. Je m'installe tranquillement dans un coin pour ma lecture vacancière. "Un café, monsieur ?" non, malheureusement, non. Vendu très cher, souvent extrèmement médiocre, le petit noir est aboli de mes consommations bistrotiques. J'ai abandonné cet excellent breuvage à cause de ces maudits patrons de comptoirs, lieu de mixité social si cher à mes yeux, qui nous vendent largement au delà du simple euro un jus de chausette acrimonieux. Certains veulent excuser le tarif par une petite friandise sur-emballée, d'autre servent un mini-verre d'eau histoire de dire que quand même "ya-du-service-dans-cette-maison", bref un kilo de café acheté aux enchères des torréfacteurs sans aucune tracasserie qualitative. Pas de café, donc.
"Un thé s'il vous plait". Enorme prise de risque de ma part. Vais-je avoir droit au malheureux et ignoble Lipton Yellow et sa question fatidique "thé nature ou thé citron ?" (je rappelle à tous ceux qui ont déserté les bistrots que cette vente additionnelle permet de facturer le thé cinquante centimes, voir un euro plus cher pour une affligeante rondelle de citron balancée au fond de la tasse). Même pas. Cette dame, toujours aussi joviale, me présente une carte de thé. Avec politesse, en plus. Elle s'eclipse discrètement pour me laisser choisir. Classe. Beaucoup trop de thé parfumé à mon goût. Pas de Yunnan. Tant pis. Je me rabats sur un Lapsang Souchon. Le plus fumé des thés... J'ai droit à un sachet de Damman. J'aurais préféré du thé en vrac, mais à 2€50 le thé, c'est déjà bien. La théière est pleine à ras bord. Il n'y a rien de plus espiègle que de ne pas la remplir. On laisse infuser. Ouverture du journal. Création de la bulle. Plus rien ne peut me déranger...


Publié dans Etats d'âmes

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